Le langage inclusif : pourquoi et comment?

Guide du langage inclusif de la Fédération Internationale des églises MCC


Par le pasteur Kittredge Cherry
Merci à Serge pour son aide précieuse.
Merci à Frédéric pour son aide précieuse.


Depuis leurs débuts, les églises MCC se sont engagées à pratiquer l'inclusivité dans la vie et la foi. Les églises chrétiennes dans leur ensemble et particulièrement les églises MCC ont mis en avant la problématique du langage inclusif (dans les cultes, les écritures, les publications et les discours), dès les années 70 et cela jusqu'à nos jours. En 1979, un groupe de travail sur le langage inclusif a été créé par le Bureau des Anciens de la fédération des églises MCC. Son rapport a été accepté avec une large majorité (et quelques amendements) lors de la Conférence Générale tenue à Houston au Texas. La forme finale de ce rapport donne les lignes directrices de l'usage du langage inclusif par la Fédération des églises MCC et par les églises locales. Cette brochure contient l'essentiel de ce rapport sous forme résumée.

Le Préambule du rapport pose le problème : "pourquoi un langage inclusif"?

"Le besoin de rechercher et d'utiliser un langage inclusif dans la vie quotidienne de l'église fut très mal compris, pourtant l'utilisation traditionnelle d'un langage non inclusif détournerait certaine personne de l'église. C'est pourquoi, les églises ont souvent été amenées à utiliser le langage inclusif. Comme chrétien/ne, nous nous devons d'être attentifs aux autres. Si la seule raison d'utiliser le langage inclusif était de satisfaire certaines personnes, alors qu'en serait-il de ceux qui trouvent ce langage gênant car non familier ?

La vie et les pratiques de l'église ne peuvent pas être établies en fonction de ce qui convient le mieux au plus grand nombre mais plutôt en essayant de connaître la volonté et le dessein de Dieu. La raison d'utiliser le langage inclusif n'est pas de satisfaire un groupe en particulier mais de promouvoir justice, réconciliation et amour, mission pour lesquelles nous, chrétiens/nes sommes appelés/es".

1) Un monde divisé :

Les manques d'amour inhérents à la condition humaine nous font vivre dans un monde de division et d'oppression.

Des groupes, qui ont traditionnellement soumis d'autres groupes, cherchent inévitablement et souvent inconsciemment à préserver leur position de supériorité en déniant aux autres l'accès au pouvoir et aux privilèges dont ils bénéficient eux-mêmes. Cela peut se s'exprimer de manière évidente par des lois et des coutumes discriminatoires mais aussi de façon indirecte, mais non moins violente, sous la forme de concepts ou d'habitudes de langage oppressifs à l'égard des minorités.

La pratique de la langue peut être insidieuse dès lors qu'elle désigne et consacre un groupe qui serait la norme. De la sorte, elle renforce l'emprise et l'importance de ce groupe chaque fois que l'on pense ou parle. Ainsi, il devient naturel de doter ce groupe de plus de poids. Or, la justice, la réconciliation et l'amour demandent que nous combattions l'oppression chaque fois qu'elle se présente et cette tâche ne peut exclure les structures oppressives de notre langage.

2) Elargissons notre coeur

L'utilisation du langage inclusif fait plus que surmonter les obstacles qui barrent l'accès à l'égalité, il nous donne la liberté d'appréhender et de communiquer une vision plus large de la vérité.

Paul incite les Corinthiens à ouvrir leurs cœurs pour qu'ils puissent ressentir pleinement l'Evangile ( 1Co 6,13). Dans le même esprit, il pourrait nous inciter à ouvrir notre compréhension afin que nous saisissions mieux la richesse et la plénitude de Dieu, de même que celles de notre propre humanité.

A ce titre, il nous appartient de dépasser les images confortables et familières que nous nous faisons de Dieu. Le langage inclusif peut servir à faire progresser chacun/e d'entre nous dans notre relation à Dieu, d'où son importance spirituelle.

3) Pas si simple

Le langage n'est pas une "affaire" aussi simple qu'il y paraît à première vue. La façon dont nous parlons de quelque chose ne décrit pas seulement l'expérience mais souvent la crée et la modèle. Le pouvoir et la signification du langage, des mots et du verbe étaient clairement compris par les auteurs des Ecritures qui identifiaient l'acte de création avec la parole de Dieu (le Verbe). La Parole de Dieu ou le Verbe sont des images utilisées constamment pour exprimer les interactions de Dieu et de l'humanité. L'interdiction qui fut faite de prononcer le nom de Dieu montre bien le pouvoir accordé aux noms et aux mots. D'autre part, Dieu a donné le pouvoir aux êtres humains de nommer chaque chose sur terre, les oiseaux et les animaux.

Ainsi, notre rapport au langage en général et à la Parole de Dieu en particulier est un domaine chargé de sens profond et il est important de l'aborder avec soin et précaution.

4) Le changement est constant

La tradition biblique ainsi que la foi chrétienne révèlent que le changement est une constante dans le discours de Dieu. Et comment pourrait-il en être autrement ? Car c'est bien un Dieu vivant que nous louons, adorons et aimons et à qui nous répondons ! Notre compréhension de Dieu et notre espérance en lui, en tant qu'individu ou communauté, grandissent et nous font grandir.

La Bible dans sa forme actuelle a évolué sur une période de plusieurs siècles. Au début, c'est par la tradition orale que l'histoire sainte a été transmise, puis ces récits furent écrits et rassemblés.

De nombreuses générations de croyants ont entendu, interprété et redit ces récits à la lumière de leur propre expérience et compréhension de Dieu. Plus tard, d'autres croyants ont débattu et discuté pour choisir quels récits et quelles versions seraient inclus dans le corpus des Ecritures ou exclus.

5) Redire ces récits

Il n'est donc pas surprenant que, de nos jours, nous suivions les traces de nos frères et soeurs dans la foi. Ainsi, nous redisons et racontons ces récits à la lumière de nos propres expériences et de notre propre compréhension du même Dieu vivant. Cette reformulation est le propre d'une démarche prophétique puisque Dieu nous appelle à une plus grande compréhension de vérités anciennes à la lumière d'événements et d'expériences nouveaux.

En définitif, ce fut la reformulation de la foi par les prophètes en réponse à la destruction d'Israël qui renouvela et fit renaître cette même foi. Ce fut grâce à la reformulation de la volonté de Dieu dans la vie et par les enseignements de Jésus que la loi de Dieu fut accomplie. C'est par la réinterprétation de la notion de communauté de foi que Paul établit les fondations d'une église inclusive et universelle.

6) Dieu est sans limite

Les changements proposés par ces lignes directrices ont pour intérêt d'élargir notre expérience et notre compréhension de Dieu. En cessant d'identifier Dieu à des concepts a priori exclusifs et associés à un genre, une race, ou à un groupe dominant, nous témoignons encore plus fidèlement de la nature d'un Dieu qui n'est pas limité à un genre, une race ou à un groupe de personnes. Le fait que de tels changements ne sont ni familiers ni confortables pour beaucoup d'entre nous ne signifie pas que nous devons cesser nos efforts.

Laisser à Dieu le pouvoir de transformer nos vies implique souvent de se soumettre à des changements auxquels nous résistons au premier abord. Le fait que de tels changements exigent la transformation des formulations traditionnelles de notre foi à la lumière de la parole actualisée de Dieu n'est ni plus moins ce que d'autres chrétiens ont eu à faire avant nous. Prendre part à la réaffirmation de la Parole de Dieu n'est pas un fardeau mais un privilège qui est source de bénédictions.

7) Définitions :

La fédération internationale des églises MCC a statué sur les points suivants :

1. Qu'est-ce que l'inclusivité ?

L'inclusivité est une attitude ou une position de réciprocité et d'ouverture vers les autres, qui reconnaît à chacun/e un droit et un accès égaux à l'expérience et à la réalisation de la plénitude. C'est aussi un engagement à supprimer les barrières entre les individus et entre les communautés qui dénient cet accès.

2. Qu'est-ce que le langage inclusif ?

Le langage inclusif renvoie à une attitude ou à une position de réciprocité et d'ouverture envers les autres, qui reconnaît à chacun/e un droit et un accès égaux à l'expérience et à la réalisation de la plénitude.

Le langage inclusif est l'expression de la volonté de surmonter les barrières existant entre les individus ou même entre les communautés en raison des caractéristiques telles que l'identité sexuelle et le genre, l'ethnie, la classe sociale, l'âge, les différences physiques, les nationalités, les croyances religieuses, les cultures et les styles de vie.

8) Lignes directrices à propos du genre :

Les recommandations suivantes concernant le genre ont été adoptées :

a) quand on fait référence à des personnes :

1) Utiliser des termes neutres ou inclure les deux sexes quand on parle d'un groupe formé de personnes des deux sexes.

2) Eviter les pronoms personnels d'un seul genre quand on fait référence à un groupe formé de personnes des deux sexes.

3) Les termes désignant des métiers ou des rôles sociaux ne doivent pas être uniquement à un seul genre mais au masculin et au féminin.

b) quand on fait référence à Dieu :

1) Utiliser des termes neutres pour Dieu chaque fois que cela ne dénature pas le sens fondamental. Si l'on emploie un masculin, des termes féminins doivent être utilisés par souci d'équilibre.

2) Maintenir un équilibre entre les images féminines et les images masculines de Dieu.

c) quand on fait référence à Jésus-Christ :

Bien qu'historiquement, en raison de son incarnation, Jésus soit un homme, cela ne peut signifier que Dieu a choisi de s'incarner avec des caractéristiques uniquement masculines, mais que Jésus est pleinement humain et divin. Parce que Jésus rassemble l'humanité des femmes et des hommes, il est juste, évident et normal de souligner la pleine humanité plutôt que la masculinité de Jésus.

9) Le langage inclusif comme outil contre la discrimination raciale.

Les suggestions suivantes aideront à aborder les questions de la discrimination raciale dans le langage :

- Pour construire une église inclusive nous devons accepter et reconnaître que nous sommes le produit de notre passé. Au sein même de notre héritage chrétien se mêle une longue histoire de racisme (conscient ou non). Le racisme conscient ou inconscient est destructeur et doit être vaincu pour que nous puissions être en accord avec notre foi chrétienne. Par conséquent, et pour rester dans le sens de l'inclusivité, nous recommandons la suppression des termes, représentations, et imageries à caractère exclusif et discriminatoire pour désigner des personnes, parler de Dieu, de Jésus-Christ dans la liturgie, les cantiques, les chants, les propos divers.

- Le groupe de travail a eu des difficultés à séparer les concepts de pigmentation (blanc/noir) et d'illumination (lumière/obscurité). La société, à cause de son racisme latent, a pratiqué un amalgame entre les deux concepts, le bien relèverait de la blancheur et le mauvais s'apparenterait à la noirceur. D'un point de vue théologique, ce sont des concepts diamétralement distincts, tandis que dans le langage courant, ils sont souvent mélangés. Nous nous devons donc d'être extrêmement attentifs à notre utilisation des termes se référant à des concepts de clarté et ténèbres.

10) Un engagement de toute une vie :

Les autres recommandations importantes sont les suivantes :

- l'introduction du langage inclusif dans les formations initiales des nouveaux membres.

- une application de ces principes à tous les niveaux de la vie de la fédération des églises MCC (que se soit dans des documents écrits, pour des supports visuels, ou des discours).

- la sensibilisation des candidats/tes aux ministères à ces questions.

- développer la sensibilité aux différences de chacun/e.

Ces recommandations ont été appliquées à la publication de la Profession de Foi de la fédération des églises MCC sous sa forme actuelle. Le clergé et les délégations laïques de la 10ème Conférence Générale de la fédération acceptèrent ces recommandations. La façon de les adapter et de les utiliser est laissée à l'appréciation de chaque église locale.

Il a été également admis que le processus d'éducation et de prise de conscience serait un engagement et un travail de toute une vie. Enfin, ces recommandations ne sont pas immuables et figées parce que nos compréhensions de l'inclusivité et du langage inclusif continueront à évoluer.

11) Pour plus d'informations :

  • Nous mettons à votre disposition les brochures suivantes :

    - Eastman, Donald : Homosexualité : ni un péché ni une maladie : ce que la Bible dit et ne dit pas. UFMCC. 1990.

    - Truluck, Buddy : La Bible comme amie : guide pour lesbiennes et gays. UFMCC. 1991.

    - Wilson, Nancy : Notre histoire aussi : lesbiennes et gays dans la Bible. UFMCC. 1992.

    - Cherry Kittredge : La fédération des églises MCC aujourd'hui. UFMCC. 1994.

  • Nous vous invitons à nous contacter :

    MCC Provence Languedoc
    B.P 14 Le Tholonet
    13612 Aix en Provence Cedex 1

    tél. (sur Montpellier) : 04 67 22 25 56
    tél. (sur Aix/Marseille) : 04 42 28 95 67

    e-mail : Eco.fabrice@wanadoo.fr
    site internet de notre paroisse: http://perso.wanadoo.fr/mccpl/
    site internet de l'UFMCC : www.ufmcc.com

  • Nos activités à Montpellier et à Aix/Marseille : cultes, groupes de prières, unions, partages bibliques, débats et convivialité



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